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Quoi faire? Pour une fois nous pouvons échapper au fatalisme et ce grâce à un des objets les plus emblématiques de notre temps le portable.

 

"L'association SOS Femmes battues, qui épaule Kenza depuis des années, lui conseille de solliciter auprès du procureur de la République un "téléphone portable grand danger", dispositif expérimenté en Seine-Saint-Denis depuis 2009. L'idée est "d'empêcher la commission d'une infraction hautement probable", explique-t-on au tribunal de grande instance de Bobigny. Quand elles appellent, ces femmes jugées particulièrement menacées bénéficient d'une intervention prioritaire. La police arrive en quelques minutes.

Kenza l'a gardé pendant un an et demi, et l'a rendu il y a tout juste un mois. Elle le gardait toujours près d'elle, dans sa poche ou à côté de son lit la nuit. A trois reprises, elle a appelé. Deux fois, son ex-mari criait de l'autre côté de la porte. Une autre, il était en bas de chez elle et la menaçait au téléphone. La police a débarqué très vite. L'ex-mari s'est enfui. L'effet dissuasif a fonctionné : elle n'a plus entendu parler de lui depuis plusieurs mois. "Il sait que je suis protégée", dit-elle.

Comme elle vient de déménager, elle n'a "pas trop peur" sans son téléphone. Le commissariat de son nouveau quartier s'est renseigné sur sa situation. Le procureur lui a dit que la justice était toujours avec elle. "D'autres femmes en ont besoin", conclut Kenza. Plus de 90 en ont bénéficié. Depuis deux ans, les homicides et tentatives d'homicide liés aux violences conjugales ont diminué de moitié dans le département. "Cela coûte environ 2 000 euros par an, beaucoup moins qu'un bracelet électronique, commente Ernestine Ronai, l'infatigable présidente de l'Observatoire des violences faites aux femmes du département. Un téléphone, c'est une protection, mais aussi l'occasion pour une femme de reprendre sa vie en main. Et cela permet de protéger les enfants, qui sont susceptibles de reproduire les violences dont ils sont témoins."  link 

 

Et pour continuer sur cette note non pas optimiste mais un peu moins pessimiste que la réalité, voici un nouvel épisode de mon modeste petit récit policier. 

 

Tout le monde avait été surpris. Pourquoi le procureur Le Cairn a-t-il décidé de s'occuper lui-même de cette affaire? Pourquoi ne l' a-t-il pas laissé à ses substituts et notamment à l'une d' entre elles . Certes l'inculpé était une des notabilités de la ville mais il ne s'agissait au fond que d'une banale affaire de violences conjugales à priori uniquement psychologiques et encore elles n' étaient guère prouvées, selon les médias bien informés! C'était parole contre parole, sinon comment expliquer que pendant presque vingt ans sa femme les ait supportées?

Il a voulu que dans cette affaire, il n'y ait pas de partis pris de la part du Parquet. Une substitut n'aurait pas mené les débats sans soupçon de partialité vis à vis de la victime et de misandrie voire de revanche féministe vis à vis de l'inculpé.

Lors du procès, les témoignages des témoins de la défense ont été démonstratifs en présentant l'accusé comme un homme disert, serviable, jamais abrupt et cassant dans ses propos y compris vis à vis de sa femme par exemple lors des soirées mondaines auxquelles ils participaient tous les deux. Comment cet homme élégant, charmeur aurait-il pu être ce pervers décrit après tant d'années de vie commune par sa femme?

Tout a basculé pour le procureur Le Cairn lors de la comparution de celle-ci. Tout d'un coup elle a commis un lapsus au lieu de dire «je ne vais pas bien» comme le laissait entendre le début de sa phrase sur son état mental, elle a dit «je ne vaux rien». Est-ce que quelqu'un d'autre que lui a remarqué le rictus d'approbation de l'inculpé? Il fallait être habitué aux moindres détails d'un procès pour l'avoir discerné.

Les psychologues bien entendu ont tracé de l'accusé un portrait très contrasté. Mais la religion du procureur Le Cairn était faite, seule l'expertise à charge était valable, d'autant que c'était une spécialiste du traitement des femmes victimes de violences conjugales. Il avait été impressionné par les différentes étapes du processus de dévalorisation entreprise par le pervers narcissique décrit par celle-ci : d'abord l'isolement de la victime en la privant de ses proches, de ses amis, puis sa dévalorisation, sa déstabilisation afin de renverser la culpabilité pour qu'elle l'assume, enfin constamment la terroriser et en même temps s'assurer des alliés en montrant le visage d'un homme attentionné.
A partir de ce constat, il avait demandé à Bouchard et Hèmery de confirmer ses soupçons par une enquête discrète dans les cliniques les plus luxueuses de la ville. Comme il le prévoyait le résultat avait été positif : dans les dernières années Elisabeth la femme du prévenu avait été admise à plusieurs reprises dans ces cliniques pour des « chutes accidentelles ».

Il s'était souvenu d'une soirée, quelques années auparavant où il avait rencontré le couple. À un moment il s'était rapproché d'un cercle d'invités qui s'était formé autour de Chourard qui racontait un événement auquel il avait assisté. Sa femme restait silencieuse au milieu des réflexions des assistants, soudain il avait interrompu sa relation et se tournant vers elle dans un grand sourire, il lui avait demandé : « Qu'est-ce que tu dis zouzou ? » Tout le monde avait ri y compris lui-même parce que lui était confirmée cette insondable vacuité des femmes. Après coup, il se rendait compte qu'il avait participé à ce jeu pervers de dénigrement de cette femme et qu'il s'était fait l'allié de cet homme. Lui aussi avait été manipulé mais sans ces conséquences dramatiques pour elle qui aujourd'hui se battait pour se reconstruire.

Le début de son réquisitoire a été tonitruant : «  Vous avez saccagé un être humain par pur plaisir pervers et narcissique. Vous avez transformé cette institution sacrée du mariage base de notre société chrétienne en un enfer... » Il avait créé un silence retentissant en s'interrompant brutalement et en fixant l'accusé soudain désemparé. Il avait parcouru lentement la salle avant de reprendre son réquisitoire implacable : « Vous vous êtes ingénié à inspirer crainte, terreur, culpabilité chez votre femme, avec cette jouissance supplémentaire de vous assurer partout des alliés pour la plonger dans le plus total isolement. Votre impunité vous a paru telle que vous vous permettiez en public d'ironiser sur sa personnalité en mettant les rieurs de votre côté et comme ce comportement ignoble n'avait pour vous pas d'autre conséquence que votre jouissance, vous en êtes arrivé, drogué par elle à désirer toujours plus de jouissance et donc à frapper votre femme. Oui Mesdames et Messieurs il est question aussi de violences physiques, non seulement de violences psychiques mais aussi de violences physiques. Comment ce manège a-t-il pu durer aussi longtemps ? Parce que vous saviez à quel moment vous aviez atteint cette limite qui aurait provoqué chez votre compagne une réaction de révolte et que vous lui assuriez que vous l'aimiez que vous ne la traiteriez plus de cette manière indigne, que tout cela n'était que des agissements passés qui ne se reproduiraient plus, lui entrouvrant la porte de l'espoir qu'elle ne demandait qu'à ouvrir, totalement anéantie qu'elle était par votre jeu pervers. »

C'est la peine maximale requise par Le Cairn qui avait été infligée à Chourard qui de prévenu libre s'était retrouvé immédiatement incarcéré pour plusieurs années.

Après de multiples félicitations de la part de ses collègues, une fois revenu dans son bureau du Palais, au moment où il enlevait sa robe, Le Cairn avait eu la tentation de se jeter par la fenêtre qui avait été ouverte par un coup de vent. C'était la deuxième fois que cette idée lui venait à l'esprit ces derniers temps. Il s'était dirigé vers la fenêtre. Il avait regardé la place en contrebas où il y avait foule et il avait estimé que ce geste était déplacé et aurait paru comme un peu trop théâtral à la limite de l'irréel. Il s'était dit que ce serait pour une autre fois, en un autre lieu, voire par d'autres moyens, que mettre fin à sa vie serait approprié.

Il avait décidé d'appeler Bouchard et Hèmery pour savoir si leur enquête sur la mort de Marie Toulouse avait progressé.

 

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Tag(s) : #Femme, #Nice city

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