Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Voici une version à peine modifiée d'une des chroniques de l' empire des sombres publiée déjà dans un article du 10 décembre 2013 où il s'agissait pour moi d' illustrer la solitude d'un individu dans un état totalitaire.

J' écrivais alors :

"ce dixième haïkufable comme les précédents qui concernaient l'empire des Sombres a, d'une part pour but de représenter l'incertain du monde dans lequel nous vivons et, d'autre part d'illustrer les loi n°1 et °13 de mon modeste traité politique que vous pouvez parcourir dans son intégralité en suivant le lien suivant : http://fr.calameo.com/publish/books/convert.php?sid=e5a687ddd3e27b7cc953bd97f7ffb078&bkcode=000195935c7a3c2e5eed7

« Loi n°1) Dans les régimes totalitaires, l'élimination physique des opposants est universelle.

Corollaire1) l'opposant est défini soit de manière ethnique, soit et/ou sociale soit et/ou économique.

Corollaire 2) S'il est défini de manière économique et sociale, tout le monde , à tout moment peut être considéré comme opposant.

Commentaire: l'élimination des opposants est donc bien une loi universelle. »

« Loi n°13) L'universelle surveillance des citoyens explique la durée des régimes totalitaires qui savent se préserver de la guerre mais ne suffit pas à leur assurer une durée de vie comparable à celle des démocraties.

Commentaire: Les citoyens y sont atomisés, réduits à leur solitude, sans espoir d'action collective de protestation, sans aucun autre horizon que celui de cette surveillance universelle. Ils se réfugient donc dans une désertion passive vis à vis de cette dictature qui ne reçoit d'eux aucun soutien si ce n'est de façade.

Aujourd'hui comme le démontrent les soulèvements des peuples du Maghreb et du Machreq les citoyens ont a leur disposition une arme qui leur permet de sortir de leur atomisation, de leur isolement, de rendre moins pérennes les régimes totalitaires : l'arme des réseaux sociaux sur internet et sur téléphone mobile dans la mesure où il est plus difficile de les censurer que les médias traditionnels. »

 

Il me semble que je me montrais un peu optimiste dans la mesure où ces gouvernements savent de mieux en mieux contrôler ces réseaux sociaux et y diffuser ces fameuses fausses nouvelles. Inutile d'utiliser les termes de langue anglo-américaine qui n' ajoutent rien à leur réalité et à leur fausseté si ce n'est de leur donner un petit caractère exotique et quasi  " scientifique" renforçant leur pseudo-authenticité.

Ce qui a permis à un homme  sans éthique ni honnêteté comme Trump de les utiliser à son avantage faisant la démonstration que les USA ne sont qu'une démocratie de façade où des maffias se battent sans merci pour avoir le pouvoir et l' utiliser à leur avantage, comme dans cette série emblématique de ce qu'est devenu ce pays, Game of thrones.

*

Au commencement de l' effondrement de la mer des cendres

 

 

Cette nuit-là Soma Antograpert se réveilla vers trois heures comme à son habitude

Avant de se rendormir il lui sembla entendre un craquement qui

Lui parut somme toute naturel puisque le sol de son logement

Était entièrement revêtu de parquet


 

Il se rendormit sans autre forme de procès

Le matin en procédant à sa toilette il avait oublié ce craquement

Il partit vers son bureau du département des Vices de Forme

Sa journée se passa dans la routine accoutumée qui lui convenait


 

Le soir rentré chez lui il se prépara une soupe de légumes

Qu'il dégusta accompagnée d'un verre de vin gris

Tout en lisant le journal officiel du gouvernement des Sombres

Le seul autorisé même si un grand nombre de feuilles clandestines paraissait


 

Une annonce retint particulièrement son attention

Elle concernait l'activité de la mer des cendres

Qui semblait-il était entrée dans une phase de contraction

Mais les experts n'étaient pas d'accord entre eux


 

Quand il sentit ses paupières se fermaient malgré lui

Il alla se coucher en vérifiant la température de sa chambre

Qui était conforme aux recommandations des Sombres

Il s'endormit d'un coup


 

Vers trois heures dans la nuit il se réveilla

Il perçut le même craquement que la veille

Il pensa que c'était son parquet qui devait se déformer

Il attendit un peu avant de se rendormir


 

Il ne perçut pas d'autre craquement

Mais toute sorte de petits bruits

Frôlements bourdonnements bruissements froissements grincements crissements

Issus des abysses de la nuit qu'il n'avait pas pris la peine jusqu'ici d'épier


 

Qui ne le rassurèrent pas mais ne l'empêchèrent pas de s'enfouir dans le sommeil

Il se réveilla mal à l'aise

Quand il se leva il eut un vertige

Il lui sembla alors percevoir un craquement


 

Identique à celui qu'il avait entendu les nuits précédentes

Il chercha d'où il provenait

Sans doute de son parquet

Mais il supposa que rien n'était moins sûr même si

Son vertige passa

Il inspecta son appartement

Au fur et à mesure des ses déplacements son parquet craquait

Mais de craquements différents de ceux entendus dans la nuit


 

Il n'avait plus le temps de s'en préoccuper

Sinon il risquait d'être en retard à son bureau

Et d'être lourdement sanctionné par l'ablation d'une phalange de sa main gauche

Puisqu'il avait déjà accumulé dix retards depuis ses débuts


 

A ce bureau des Vices de Forme il y avait 25 ans déjà

Et qu'au-delà de 10 retards c'en était la sanction

Plusieurs de ses collègues avait d'ailleurs déjà subi cette ablation

Certains mêmes, surtout des employées avait été amputées de toutes leurs phalanges


 

Soma Antograpert arriva à temps à son travail

Il était installé à son bureau quand il entendit des pleurs venant du couloir

Il se leva ouvrit la porte de son minuscule cabinet

Il se trouva nez à nez avec Antonia Malfertis


 

Elle venait d'arriver en retard

C'était la onzième fois

Elle avait écopé de la peine prévue pour cet état de fait

Elle devait immédiatement se rendre à l'institut médico-légal


 

Pour subir une nouvelle amputation cette année

Elle montrait à Soma sa main gauche

Où tous les doigts étaient amputés d'une phalange

Il ne put la consoler avant que les agents arrivent pour l'emmener


 

Bouleversé il regagna son minuscule cabinet pompeusement qualifié de bureau

Il se replongea dans le dossier dont il avait la charge

Il s'agissait d'un immeuble où les malfaçons

Menaçaient de le transformer en ruine


 

Il rédigea son rapport qui concluait à l'arrestation de tous les propriétaires

Qui avaient tenté de les dissimuler

Comme il semblait s'agir d'une dissimulation en réunion

Il préconisa la peine maximale prévue à cet effet


 

Le déclassement de deux castes pour chaque copropriétaire

Une amende équivalent à 10 années de revenu sans retenir une peine d'emprisonnement

Il transmit ses conclusions et s'occupa d'un autre dossier

Dans la journée il reçut une convocation de son supérieur


 

Il avait été trop clément dans sa réquisition des peines

Voulait-il être considéré comme un complice de ces contrevenants

Soma répondit non

Alors il devait impérativement réviser ses réquisitions dans un sens moins laxiste


 

Il le savait le gouvernement des Sombres

N'avait rien tant en horreur que le laxisme et le laisser aller

A quoi avait tendance à céder un trop grand nombre des citoyens de l' empire

Laxisme et laisser-aller qui avait conduit à l'ère des machines arborescentes


 

A la terrible catastrophe qui avait manqué de peu

D'engloutir toute forme de vie humaine sur la planète

Soma Antograpert reprit son dossier

Et le corrigea dans le sens préconisé par son supérieur


 

Il transmit ses nouvelles réquisitions

Il fut derechef convoqué par son chef

Qui le félicita pour sa docilité

Et l'assura qu'il avait ainsi travaillé à sa prochaine promotion


 

Depuis combien de temps l'espérait-il

Il répondit qu'il l'attendait depuis son arrivée dans le service il y avait vingt cinq ans

Ne perdez plus patience ce sera pour bientôt affirma son supérieur

Rasséréné Soma regagna son bureau pour s'atteler à un autre dossier


 

Cette journée de travail qui n'avait pas commencé comme les autres

S' acheva heureusement dans cette routine qui le rassurait

Rentré chez lui il prépara sa soupe de légumes

Quand il huma la bonne odeur de chou


 

Il s'installa comme de coutume à la petite table de sa cuisine

Se servit à ras bord de sa soupe ouvrit le journal officiel

Et entreprit de manger et de lire en même temps

Il parcourut le nouvel article sur l'activité de la mer des cendres


 

Il semblait qu'une majorité d'experts penchait pour une expansion et non une contraction

Cela avait son importance parce que les conséquences étaient différentes dans chaque cas de figure

Si l'on était en présence d'une expansion le risque était l'ampleur de la vague annuelle

Qui pouvait submerger certaines parties de la digue


 

Et donc inonder les régions qu'elle protégeait

Notamment celle où vivait Soma Antograpert

Si l'on était en présence d'une contraction le risque était la survenue

D' effondrements de terrain inexplicables pouvant entraîner


 

L'écroulement d' un grand nombre de bâtiments

Comme beaucoup de ses concitoyens dans l'empire des Sombres

Soma Antograpert penchait pour le pire malgré

L'optimisme officiel recommandé par les autorités


 

Celui-ci ayant été à de trop nombreuses reprises contredit par les faits

Il se coucha en proie à des idées noires

Quand il se réveilla au cours de la nuit

Il dut attendre de longues minutes avant d'entendre le craquement


 

Il lui sembla qu'il ne venait pas de sa chambre mais du couloir

Il se leva et sortit de la pièce

Le parquet craqua mais d'une autre manière

Dans le couloir qu'il éclaira et qu'il parcourut de long en large


 

Il analysa les grincements des lattes du parquet

Ils n'avaient rien de commun avec ce craquement entendu depuis plusieurs nuits

Il était tard il était fatigué il renonça à toute autre investigation et se recoucha

En se promettant de s'occuper de ce problème dans les jours qui venaient


 

Le lendemain après sa journée de travail il regagna son domicile en toute hâte

Il s'installa dans le couloir et attendit que le craquement se fasse entendre

Son attente fut vaine

Déçu mais rassuré il prépara sa soupe


 

Comme de coutume il s'installa à sa table avec le journal officiel

Il lut le dernier article sur la mer des cendres

Qui indiquait que de nouvelles mesures semblaient démontrer

Que la mer des cendres avait une activité conforme à elle des années précédentes


 

Il n'était plus question de contraction ni d'expansion

Il avait acheté une des feuilles non officielles malgré les risques encourus

Dans un entrefilet où l'encre avait bavé rendant sa lecture difficile

Il crut comprendre qu'un grave problème était survenu dans la ville d'Artchipine


 

Il ne put deviner de quelle nature était ce problème

Il vérifia sur le journal officiel si cette information apparaissait

La seule mention faite sur cette ville était que des agents des forces de l'ordre

Avaient été envoyés en renfort


 

L' article ne précisait pas pourquoi

Soma Antograpert se promit d'éclairer sa lanterne le lendemain

En achetant toutes les publications clandestines

Il prendrait ses précautions en se rendant dans divers quartiers de la ville pour ce faire


 

Dans la nuit il fut réveillé par le craquement

Qu'il avait attendu en vain en rentrant de son travail

Il en avait la certitude à présent

Le craquement venait du couloir et il n'avait rien à voir avec son parquet


 

Il se leva pour arpenter ce fameux couloir

Son éclairage n'était pas approprié pour ses recherches

Le craquement ne se renouvela pas

Il dut se résoudre à se coucher


 

Il mit son réveil une heure plus tôt que de coutume pour continuer ses investigations

La lumière du jour n'était guère plus lumineuse que la lumière artificielle de son éclairage

Par chance le craquement se fit entendre derrière lui

Il se retourna mais il ne vit rien de plus que son mur aveugle


 

Perplexe il se rendit à son bureau

En chemin il acheta comme il se l'était promis

Tous les journaux clandestins qu'il put trouver

Il les dissimula sous son pardessus


 

Au bureau il n'eut qu'une hâte

Celle de terminer sa journée qui bien entendu se révéla interminable

D'autant qu'il eut aussi à consoler Antonia Malfertis

Qui lui présenta sa main enveloppée dans un pansement qui témoignait de son amputation


 

Il se précipita dans son appartement

Ne prit même pas la peine de préparer sa soupe

Et se lança dans la lecture des journaux clandestins

L'un d'eux signalait bien l'envoie de renforts dans la ville d' Artchipine sans préciser la raison


 

Un autre indiquait que la situation était préoccupante non pas en Artchipine

Mais à Sclandérosse toujours sans en indiquer la raison

Les autres parlaient d' un problème survenu dans d'autres villes sans donner leur nom

Ni en communiquer les causes


 

Soma était déçu

Il prépara son repas et tandis qu'il mangeait il feuilleta le journal officiel

Un nouvel article présentait la situation de la mer des cendres comme redevenue stable

Après une courte période d'instabilité qui avait mobilisé ses experts


 

Il s'installa dans son couloir face au mur maître

D'où lui avait paru provenir la veille le craquement

Il attendit un long moment avant de percevoir celui-ci

Qui à n'en pas douter venait bien de cette paroi


 

Il s'approcha ausculta le mur

Mais ne décela aucune anomalie

Quelle cause provoquait ce craquement y avait-il le moindre danger

Il ne pouvait répondre à ces questions


 

Il était plongé dans une profonde incertitude

Il alla se coucher mais il eut du mal à s'endormir

Il dormit d'un sommeil agité réveillé à de multiples reprises

Par de nouveaux craquements dont il ne put déterminer s'ils étaient réels


 

Ou le fruit de son inquiétude

Le matin il inspecta sa paroi sans découvrir le moindre indice

Il se demanda si un semblable phénomène se produisait chez ses voisins

Il n'osa pas les questionner de peur de paraître trop intrusif et


 

Aussi de peur d'une éventuelle dénonciation pour

Ne pas en avoir référé en premier lieu aux autorités compétentes

Le gouvernement des Sombres se montrant particulièrement vétilleux

Quand un citoyen demandait l'aide d'autres citoyens plutôt que de signaler


 

Sans atermoiement le problème auquel il se trouvait confronté

Au travail il ne put cacher son inquiétude

Mais nul ne lui en demanda la raison

Que d'ailleurs il n'aurait pas osé donner


 

Il regagna son logement soulagé en même temps que préoccupé

Pour la première fois depuis des mois le départ de sa femme lui pesait

Où pouvait-elle être il avait cherché pendant des semaines et des semaines

Sans pouvoir trouver de réponse


 

Elle l'avait quitté d'un coup sans le moindre indice que telle était son intention

Il avait bien senti qu'elle était moins disponible depuis quelque temps

Mais il n'avait pas voulu prêter attention à ce fait comme à d'autres indices

Depuis il était très attentif au moindre changement dans sa vie


 

C'est pourquoi il avait immédiatement compris que ce craquement n'avait rien d'inoffensif

Il lui restait à en déterminer la cause pour y pallier et en finir avec lui

Il s'installa dans son couloir attentif au moindre bruit

Il survola les journaux non officiels qu'il s'était procurés


 

De nouveau ils évoquaient des situations préoccupantes dans telle ou telle ville

Où le couvre-feu avait été proclamé et la censure renforcée

Ils ne pouvaient en dire plus

Le journal officiel se contentait de signaler que le gouvernement des Sombres


 

Prenait les mesures nécessaires pour remédier à certains problèmes peu importants

Qui étaient apparus dans la contrée

Un des Sombres avait même quitté la capitale pour se rendre sur place

Et mesurer l'adéquation des mesures prises avec les problèmes survenus


 

Il entendit à ce moment le craquement il jugea qu'il était plus fort

Et qu'il provenait du bas du mur

Il s'approcha et ausculta celui-ci muni d'une lampe

Qui lui permit de déceler une mince fissure


 

Elle semblait superficielle peu proportionnée à la force du craquement

Il est vrai pensa-t-il qu'il était en présence d'un mur maître

Celui de la façade arrière de l'immeuble

Il n'y avait donc rien à craindre


 

Rassuré du résultat de ses investigations il se coucha moins préoccupé

Son sommeil fut paisible

Il fut réveillé au cours de la nuit par un nouveau craquement

D'une force qui lui sembla plus importante


 

Il se rendit dans le couloir

Il se pencha sur l'emplacement de la fissure

Elle ne s'était pas approfondie mais allongée vers le haut

Il devait impérativement le lendemain prendre des mesures pour la colmater


 

Quand le jour apparut Soma se rendit compte que la fissure zébrait toute la hauteur de la paroi

Elle était superficielle en apparence mais avait gagné en étendue

Il devait se procurer l'enduit et la peinture pour en effacer toutes traces

Il songea à demander à ses voisins du dessus et du dessous s'ils


 

Étaient confrontés à semblable phénomène

Une nouvelle fois il n'osa pas

Quelles seraient leurs réactions

Lui avoueraient ils la vérité la lui dissimuleraient-ils


 

Il n'était sûr de rien

Plus grave il pourrait être l'objet d'une dénonciation de leur part

Pour être bien notés par le chef de bloc et les autorités

Et lui se retrouver dans les camps de travail pour non-respect des lois de l'empire


 

Dont la rumeur prétendait qu'ils étaient impossible de les quitter

Si ce n'était dans un cercueil

Il devrait donc être prudent concernant l'achat de l'enduit et de la peinture

Les acheter par exemple dans des magasins différents à des jours différents


 

Ce jour-là il se procura l'enduit

Pour ne pas éveiller les soupçons il choisit le bidon d'un demi-litre

Au bureau il le dissimula dans un tiroir qu'il ferma à clé

Tout en sachant que si on s'apercevait que son tiroir était fermé à clé


 

Il risquait d' éveiller les soupçons et d'être contraint d'ouvrir son tiroir pour montrer

Qu'il ne contenait qu'un bidon d'enduit inoffensif

Par chance cela ne se produisit pas

Sa journée fut illuminée par la découverte qu' Antonia Malfertis


 

Ne cherchait de réconfort qu'auprès de lui

Elle lui avait laissé prendre sa main mutilée où manquaient plusieurs phalanges

Et l'avait laissé la caresser en lui avouant dans un soupir

Qu'elle était soulagée qu'il ne la repoussât pas


 

Qu' elle ne lui parût pas monstrueuse avec toutes ses phalanges en moins

Comme d'autres collègues de travail

Elle l'avait invité à venir dîner chez elle ce qu'il avait accepté

Il en avait oublié son craquement sa fissure et son enduit


 

En quittant le bureau avec elle il s'était senti débarrassé d'un poids

Il avait osé lui prendre la main

Elle s'était abandonnée contre lui

Pendant qu'ils gagnaient son domicile à pied


 

De son index raccourci par l'amputation d'une phalange

Elle lui caressait la paume

Il était transporté dans un monde qu' il ne connaissait pas

Où il lui semblait entendre une musique qui émanait d'elle


 

Qu'il était le seul à entendre et qui le ravissait

Il avait pensé soudain que ce devait être cela l'amour

Qu'il l'aimait et qu'elle l'aimait

Puisque tout son être chantait pour lui


 

Il ne regagna pas son domicile cette nuit-là

Il n'entendit aucun craquement

Il n'entendit que la musique du corps d’ Antonia qui vibrait sous son étreinte

Au diapason du sien


 

Au matin il la quitta à regret pour regagner son logis

En bas de l'immeuble il croisa Stigur Landerson le chef de bloc déjà ivre

Un court instant il songea à lui parler de sa fissure

Il y renonça avec un regret indéfinissable


 

Qui lui sembla annonciateur d' occurrences amères

Chez lui il constata que la fissure était plus profonde

Son bidon ne fut pas suffisant pour la combler

Il ne s'en inquiéta pas outre mesure puisqu'il avait en perspective de retrouver Antonia


 

En se rendant au bureau il acheta dans le même magasin un bidon plus grand d'enduit

La journée passa dans un souffle

Celui d'Antonia penchée au-dessus de son épaule sur son cou

La nuit se déploya au rythme de leur désir


 

Ils décidèrent qu'il quitterait son logement pour venir habiter définitivement chez elle

Ils passeraient après leur travail au bureau des contrats pour officialiser leur couple

Quand il rentra dans son appartement il eut un choc

La fissure s'était élargie en une profonde lézarde


 

Il pouvait presque deviner le jour à travers elle

Il essaya de la combler

Il n'y parvint qu'en partie il lui manquait de l'enduit

Il n'aurait qu'à en acheter un plus gros bidon voire plusieurs pensa-t-il


 

Il n'était pas trop inquiet puisqu'il allait abandonner cet appartement

En quittant l'immeuble il heurta son voisin du dessus

Il s'excusa celui-ci gêné le quitta précipitamment

Soma eut le temps de voir ce qui lui sembla être un bidon d'enduit


 

Il se débarrassa de cette constatation sans y réfléchir

Au passage il acheta un journal clandestin attiré par le titre de la une

Ècroulements en série en Artchipine

En fait l'article n'était qu'un démenti du titre


 

Précisant qu'il ne s'agissait que d'une rumeur infondée

Le journal officiel annonçait l'arrestation de plusieurs personnes

Accusées de conspiration contre le gouvernement des Sombres

Elles avaient fait courir des rumeurs infondées

Sur de prétendues menaces sans autres précisions

Occasionnées par une importante activité de la mer des cendres

Après la fin de leur travail Antonia et Soma se rendirent au bureau des contrats

Où ils firent leur demande de contrat conjugal


 

Comme ils appartenaient à la même administration

Ils devaient attendre l'enquête qui entérinerait leur demande

En attendant ils étaient autorisés à vivre ensemble

Ils déclarèrent l'adresse d' Antonia


 

A partir de quand Soma Antograpert quitterait-il son logement

Il donna comme date la fin du mois on était le 18

Antonia lui proposa de passer chez lui pour l'aider à commencer à déménager ses affaires

Il déclina l'offre en lui disant qu'ils avaient mieux à faire


 

Le lendemain matin il se rendit à son domicile

Il constata avec une certaine frayeur que son mur était entièrement fissuré

Il voyait à travers le ciel gris chargé des nuages gris venus de la mer des cendres

Il aurait beau faire il ne pourrait combler ce qui était devenu une brèche


 

Il était trop tard pour prévenir le chef de bloc

Il regretta ne pas l'avoir fait quand il l'avait rencontré au pied de son immeuble

Ce jour où il revenait de chez Antonia

Est-ce que ses voisins étaient confrontés au même problème


 

Il se souvint qu'il avait cru apercevoir dans les mains de son voisin du dessous un bidon d'enduit

Il décida d'aller le voir pour avoir confirmation

Que lui aussi était confronté à une lézarde qui

Se transformait en brèche impossible à combler


 

Il sonna à sa porte

Il dut attendre un long moment

Il sentit que quelqu'un l'épiait derrière la porte

C'était son voisin qui se décida finalement à ouvrir


 

Soma s'excusa pour son intrusion

Il lui fit connaître qu'il avait un problème avec un de ses murs

Est-ce que c'était la même chose pour lui

Celui-ci nia énergiquement et lui claqua la porte au nez


 

Sa réaction ne surpris pas Soma son voisin avait peur d'une dénonciation

Soma pouvait être un mouchard comme il y en avait tant

Il n'était pas question pour lui de reconnaître un fait aussi grave

Qu'il n'avait pas immédiatement révélé aux autorités


 

Soma Antograpert ne savait plus que faire

Il descendit contourna l'immeuble pour en vérifier la façade arrière

Avec angoisse il s'aperçut que toute la façade était lézardée

Il eut l'idée de vérifier si c'était aussi le cas de la façade arrière de l'immeuble le plus proche


 

C'était bien le cas comme c'était le cas de tous les autres immeubles du bloc

Pourtant il apparaissait que les autorités n'étaient pas alertées

Pourquoi le chef de bloc n'avait pas prévenu celles-ci

Il est vrai que c'était un ivrogne patenté qui avait du mal à faire trois pas en équilibre


 

Soma jugea qu'il devait se rendre au commissariat pour signaler ces lézardes

Qui mettaient en danger l'équilibre de tous ces immeubles

Au commissariat on l'écouta avec attention

Ces propos provoquèrent un branle bas


 

Il fut immédiatement placé dans une cellule de sécurité

Il demanda à ce que l'on prévienne Antonia son épouse

Il n'obtint qu'une fin de non-recevoir

Le jour suivant il fut extrait de sa cellule et placé dans un fourgon


 

Sans qu'on lui précisât malgré la loi qui en faisait obligation

Sa destination le motif de son arrestation le pourquoi de sa déportation

Loin d' Antonia à qui il pensa dans un nuage de désolation

Qui ouvrit les portes des larmes de son chagrin


 

Pendant le trajet il crut apercevoir en passant devant son bloc d'immeubles

Que celui-ci n'était plus qu'un immense tas de gravats

La route qu'ils empruntaient était défoncée

A plusieurs reprises le fourgon dut faire machine arrière


 

Il demanda à ses gardiens ce qui s'était passé

Le premier mit sa main devant sa bouche

Le second sa main devant ses yeux

Le troisième prit les mains de Soma et les posa sur ses oreilles


 

L’ empêchant d’ entendre

Ce qu’il disait

dans sa langue de muet

Sur les débuts de l’ effondrement de la mer des cendres

Au commencement de l' effondrement de la mer des cendres
Tag(s) : #Empire des Sombres

Partager cet article

Repost 0