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Publié par Elbiar

Un jour dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou ( on sait combien il peut être grincheux) agaçait par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n'es pas fou ? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Un jour dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s'activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou ( on sait combien il peut être grincheux) agaçait par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n'es pas fou ? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Je désire rendre hommage à Pierre Rabhi. Ce n'est que très récemment que j'ai fait la découverte de sa personne et de son œuvre.

J'ai été particulièrement sensible au fait qu'il soit né en Algérie. Ce n'est pas un hasard si c'est dans une oasis à Kenadsa à 22 KM à l'ouest de Béchar. Toute sa pensée fondée sur le paradigme de la sobriété, des limites que nous devons nous imposer pour préserver notre planète, me semble avoir été marquée par ce fait de vivre dans un milieu où la moindre goutte d'eau avait une valeur inestimable, sous ce soleil, ce « ciel vidé de tendresse, devant quoi toutes les vérités sont bonnes à dire, et sur lequel aucune divinité trompeuse n'a tracé les signes de l'espoir ou de la rédemption. » ( Camus. Noces) . C'est ce ciel, ce soleil, cette clarté qui les prédispose lui et Camus, à s'exprimer de manière lumineuse, poétique, ce qui a fait de Camus, faussement, un philosophe pour classes terminales et du même-pas-crypto-nazi-Heidegger un philosophe d'autant plus génial qu'il se révèle incompréhensible. C'est ce soleil, ce ciel, cette clarté qui explique peut-être aussi le fond libertaire de leur pensée.

Je suis d'autant plus sensible à la réflexion de Pierre Rabhi ( comme à celle de Camus) que j'ai passé une partie de ma petite enfance dans la petite ville de Colomb-Béchar presque au même moment où Rabah Rabhi vivait à Kenadsa puisqu'il est né en 1938 et moi en 1942.

Lui et Camus sont pauvres. Cette pauvreté qui ne les empêchent pas d'être heureux les prédisposent à la frugalité, en fait comme toute la génération de l'entre deux guerres et de l'immédiat après-guerre, dans une société qui n'était pas une société de consommation mais d'économie, de frugalité.

Un autre élément entre en ligne de compte, Pierre Rabhi a été écartelé un temps entre ses racines Algériennes et les racines européennes de sa famille d'adoption, un peu comme moi , fils d'immigré espagnol par ma mère, italien par mon père, français par l'école.

J'ai évoqué dans un récit, cette partie de ma vie Algérienne devenue très douloureuse avec la guerre d' Algérie dans un récit « Dans le ravin de la femme sauvage » que vous pouvez lire sur mon site :

http://latina.jeanpierre.perso.neuf.fr/page12.html

Le déclencheur de cet article a été un mail envoyé par une amie mettant en scène à la caisse d'un supermarché une vieille dame et la jeune caissière de la génération y ( voir mon article

http://fablehaikus.over-blog.com/2014/02/pourquoi-%C3%A7a-s-appellerait-la-crise-maintenant-la-g%C3%A9n%C3%A9ration-quoi.html )

qui lui reproche de ne pas être écologiste. A quoi la vieille dame répond :

« à mon époque on retournait les bouteilles de verre consignées au magasin qui les renvoyait à l'usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau. Les bouteilles étaient recyclées. De mon temps, on montait l'escalier à pied. On n'avait pas d'escaliers roulants et peu d'ascenseurs. On ne prenait pas sa voiture chaque fois qu'il fallait se déplacer d' un quartier à un autre. Il y avait si peu d'autos qu'on pouvait traverser la chaussée sans risquer de se faire renverser par un chauffard. On avait même le temps de saluer son voisin qui avait le temps de lever son chapeau en signe de civilité. Tandis que l'on marchait jusqu'à l'épicerie du coin on pouvait faire la causette avec les habitants du quartier qui vous donnaient des nouvelles de leur famille ou de leur poisson rouge ou de leurs colibris ou de leur rhumatismes.
Pour les bébés on ne connaissait pas les couches jetables. On faisait les bouillir dans une bouilloire pour les laver et les stériliser. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde et pas dans un sèche-linge.

On prenait le temps de remonter nos montres et nos réveils mécaniques donc sans pile avec mercure, quand on ne se servait pas surtout dans les campagnes du soleil pour savoir l'heure.
Pour préparer les repas on ne disposait pas de tous ces fours à micro-ondes, de ces plaques à induction, de tous ces instruments électriques spécialisés pour couper, hacher, qui consomment de l'électricité autant qu'EDF en produit avec sa bénédiction. Pourtant nos daubes, nos sautés de veau, nos ratatouilles étaient tout aussi succulentes que les vôtres !
On emballait les éléments fragiles à envoyer par la poste en utilisant comme rembourrage du papier journal dans des boîtes de chaussures, et non des emballages de mousse de polystyrène ou en plastique ou à bulles, certes fort plaisantes à faire éclater entre les doigts pour se détendre du stress accumulé au bureau.
On n'avait pas de tondeuses à gazon pour contrarier la sieste des voisins de tout le lotissement. On tondait son gazon au rythme du chant des cigales ou des grenouilles. On sciait, rabotait avec des outils hérités de nos parents et grands-parents. On peignait à la main. On bâtissait nos murs avec des pierres que l'on taillait après les avoir transportés dans des brouettes. On travaillait au rythme du martèlement de l'enclume du forgeron. On n'avait pas besoin d'aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l'électricité et utiliser toute sorte d'engins compliqués de même type...Pour se précipiter ensuite dans un fast-food et ingurgiter en toute bonne conscience un hamburger accompagné d'un soda bien sucré...
Nous, On buvait de l'eau à la fontaine quand on avait soif. Nul besoin de sodas ou d'eaux minérales en bouteilles plastiques.
On écrivait avec des stylos à plume que l'on trempait dans une bouteille d'encre pour former des pleins et des déliés. (Je vois à votre mine que vous ne savez pas ce que sait).
On remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir entier après quelques utilisations.

On se brossait les dents avec les doigts et l'on n'utilisait pas de brosses à dent jetables après trois utilisations.
Les gens prenaient le bus, le métro, le train et les enfants se rendaient à l'école à vélo ou à pied
au lieu d'utiliser la voiture de maman comme un service de taxi 24 H sur 24.
Les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers servaient d'une année sur l'autre, les crayons de couleurs, gommes, taille-crayon et autres accessoires duraient tant qu'ils pouvaient et n'étaient remplacés qu'après plusieurs années et non tous les mois comme aujourd'hui.
On n'avait besoin que d'une prise de courant par pièce pour écouter la TSF ou brancher un lampadaire. En quittant une pièce on éteignait la lumière.

Il n'était pas question de jeter la moindre miette de pain.

Si notre génération a été plus malheureuse que la votre c'est à cause de la guerre et de toutes ces idéologies incompréhensibles qui nous promettaient le paradis sur terre maintenant…

Hommage à Pierre rabhi : Pouvons-nous quitter le quai délabré de notre société de consommation pour l'île enchantée de la frugalité

La jeune caissière n'en démordit pas. Cette vieille femme avec tous ceux de sa génération était bien responsables du désastre en cours, l'énergie nucléaire ne pouvait conduire qu'à la catastrophe. Il était urgent de se tourner vers le solaire et l'éolien, comme le préconisait en France la papesse de l'écologie Cécile Duflot et les écologistes, pour satisfaire aux besoins de sa génération pour laquelle il n'était pas question de revenir vers le passé.

Pierre Rabhi qui passait par hasard ( qu'il veuille bien m'excuser de le mettre en scène) fit remarquer qu'à ce compte la terre toute entière, océan compris, serait couverte de centrales solaires et d'éoliennes.

Il eut droit au regard que l'on a malheureusement pris l'habitude en France avec la grande Marine Le Pen de lancer à tous ceux qui ne ressemblent pas à un authentique camenbert d' Isigny.

Pierre ( permet-moi cette familiarité) je suis avec toi, même si j'ai toujours un peu de mal à croire à une frugalité heureuse moi qui en guise de moyen de transport ne se contente pas d'un vélo mais de deux motos, une BMW K 75 de 1990 quand même et une Yamaha XJ6…

Ci-dessous les liens pour mieux connaître Pierre Rabhi et l' éthique du colibri :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi

http://www.colibris-lemouvement.org/colibris/lethique-du-colibr

le lien pour accéder au site de Pierre :

http://www.pierrerabhi.org/

et lien pour une critique radicale de ses positions :

https://www.facebook.com/LesEnrages/photos/a.150666138433300.1073742000.136342863198961/278546982311881/?type=3&theater

Je ne résiste pas à citer la conclusion de son poème du 12/02/2014 « Un arbre en ma mémoire » de son blog malheureusement aujourd'hui ( 02/06/2016) désactivé:

« Tuer les arbres hors des nécessités d’une vie simple, c’est commettre un grave préjudice à la vie. C’est un délit passible des plus grandes tristesses. Les arbres disparus, il ne restera plus que vide et solitude et désert jusque dans les cœurs. »

Irréfutable, n'est-ce pas ?

Vive Rabhi !
Vive Rabhi !
Vive Rabhi !
Vive Rabhi !

Vive Rabhi !

Commenter cet article

morvan 01/06/2016 18:43

Où est donc l'hommage à l'eau écrit par Pierre Rabhi, à mon humble avis indissociable de
l'hommage à l'arbre. merci de me renseigner.

elbiar 02/06/2016 09:44

Malheureusement, je ne suis pas en mesure de vous renseigner puisque je viens de constater que son blog est désactivé et remplacé par son site où dans la rubrique Verbatim cet hommage à l' eau ne figure pas contrairement à l' hommage à l' arbre.