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Le théâtre ce n'est pas la vie, mais la vie autrement

 

 

 

J'avais passé en septembre 2011 une soirée de théâtre mémorable avec une pièce intitulé «l'amateur» de Gerardjan Rijnders, mise en scène par Paul Chariéras, jouée par Paul Chariéras dans le rôle de l'amateur un grand critique de théâtre, sa femme jouée par Christelle Rinaldi et Peter leur fils joué par Samuel .

Cette pièce faisait partie d'un triptyque intitulé : le théâtre est la poésie de l'espace, composé de l'Amateur, du Fétichiste et de L'art du délire ou le délire de l'art, imaginé, mis en scène et joué par Paul Chariéras.

Voici en hommage à la première représentation de ce triptyque cette fablehaïku

 

*

 

Le théâtre est la poésie de l'espace

Le théâtre est mort

Il ne vit plus

Ni les metteurs en scène ni les comédiens ni les auteurs ne sont capables d'y faire entrer la vie vraie

*

Voici

La représentation a lieu dans la salle de répétitions du théâtre de Nice

Elle est au cinquième étage elle peut contenir une trentaine de spectateurs

Pour y accéder par petit groupe de huit ou neuf spectateurs il faut prendre un ascenseur

*

Le théâtre est mort

Ni les acteurs ni les auteurs ni les metteurs en scène ne sont capables d'y faire entrer la vraie vie

Tout est mort dans le théâtre contemporain

Le théâtre n'est plus que du théâtre

*

Voici

Nous sommes arrivés en avance nous attendons avec d'autres spectateurs dans

Le hall de l'entrée des artistes à l'arrière du théâtre

Parmi nous un jeune homme mince sacoche en bandoulière

*

Il se déplace parfois à grandes enjambées avec une intensité une brutalité un peu inquiétante

Que veut-il que cherche-t-il parmi nous installés dans notre vie quotidienne toute d'habitudes rangée

Sa place peut-être

Le théâtre est mort

*

Pour lui pour ce jeune homme à grandes enjambées

Il n'y a pas de place dans ce monde que nous avons organisé pour nous

Qu'il se débrouille

Son intensité de vie brute inquiète

*

Nous inquiète

Lui pâle

A grande enjambées

Vers le nulle part le nowhere

*

Nous attendons que les hôtesses nous conduisent aux ascenseurs pour assister à la représentation

De quoi de la vie de l'amateur

Mais le théâtre est du théâtre

Ce n'est pas la vie

*

Pourquoi venons-nous assister à ça

A cette représentation

A cette représentation de quoi à cette nouvelle présentation de quoi de la vie

Mais le théâtre n'est que la poésie de l'espace

*

Mais le théâtre ce n'est pas la vie

Ni les auteurs ni les acteurs ni les metteurs en scène ne sont capables d'y faire entrer la vie vraie

La vie

Vraie

*

Sont incapables incapables

Parmi nous est arrivée une jeune femme

Elle n'était pas là elle est là

Elle est là dans un manteau rouge avec des cheveux rouges

*

Elle s'est appuyée contre le chambranle d'une porte

Comme nous parmi nous elle attend

Avec une grande discrétion et une intensité toute intérieure

Seule

*

Le jeune homme continue ses allées et venues

Seul

La jeune femme aux cheveux rouges continue de s'appuyer sur le chambranle de la porte

Seule

*

Nous sommes dans l'entrée des artistes du théâtre

Nous sommes des acteurs qui nous préparons à jouer notre rôle de spectateurs

De voyeurs

De quoi

*

De notre vie

Au théâtre

Impossible

Ni les auteurs ni les acteurs ni les metteurs en scène ne sont capables d'y faire entre la vie vraie

*

Le théâtre c'est du théâtre

De la mise en scène

Pas de la vie vraie c'est

Du théâtre du cinéma ne fait pas ton cinéma arrête ton théâtre

*

Voilà les hôtesses nous demandent de nous regrouper pour aller vers les ascenseurs

Dans les ascenseurs nous montons vers la salle des répétitions où nous allons répéter notre rôle

La salle des répétitions de quoi de la vie des pièces de théâtre des morceaux de vie

Des lambeaux de vie

*

De quelle vie

De la notre

Impossible

Le théâtre ce n'est pas la vie

*

Les auteurs les metteurs en scène les acteurs sont incapables d'y faire entrer la vie vraie

Nous allons voir l'amateur

L'amateur c'est justement un grand critique de théâtre

Merde merde merde

*

Une pièce sur le théâtre

Sur l'abîme du théâtre

Merde merde merde

Pas la vie du théâtre arrête ton théâtre

*

Voilà nous sommes installés

Au dessous de nous acteurs qui jouons les spectateurs un puits rectangulaire lumineux

Un puits rectangulaire lumineux la scène

Au-dessous de nous

*

La scène ce puits lumineux rectangulaire

Qui représente un appartement contemporain

A gauche ou à droite ou devant selon un des trois côtés que l'on a choisis pour se placer

Une cuisine moderne un salon avec une télévision derrière le salon la ou les chambres

*

Les chambres ou la chambre derrière le décor le salon avec son canapé moderne sa télévision

La jeune femme avec son manteau rouge et ses cheveux rouges est là devant nous

Au-dessous de nous

Elle enlève son manteau

*

Au-dessous de nous elle est là

La jeune femme au manteau rouge

Aux cheveux rouges

Tout à l'heure pas au-dessous de nous avec nous appuyé au chambranle de cette porte de

*

L'entrée des artistes où nous tous artistes attendions notre entrée en scène comme elle

Elle s'affaire elle fait la cuisine avec soin

Avec méticulosité

Laissons les grands mots de côté avec soin avec méticulosité pour

*

Lui qui n'est pas encore arrivé

Lui l'amateur

Le grand critique de théâtre

Merde merde merde

*

Son fils le jeune homme qui dans le hall de l'entrée des artistes se déplaçait à grande enjambées

Vers nowhere

Vers ce nulle part

Ouvert devant lui comme devant tous les jeunes

*

Son fils le jeune homme est là au-dessous de nous aussi

Le théâtre c'est du théâtre

Ce n'est pas la vie

Merde merde merde

*

Il est là au-dessous de nous

D'une intensité d'un brut de vie qui nous inquiète

Il zappe les programmes de la télé qu'il fait défiler

Il rappe

*

Il râpe sa chair à vif

Il rappe sa solitude

Il râpe sa vie seule

Qui l'entend qui l'entend

*

Au-dessous de nous il y a deux vies

Deux vies

Mais le théâtre ce n'est pas la vie

Peu importe au-dessous de nous deux vies

*

Deux vies parallèles

Qui ne se rencontrent pas

Deux vies

Mais le théâtre c'est du théâtre

*

Peu importe deux vies

Deux solitudes brutes de vie

Et nous au-dessus spectateurs de quoi

De ces deux vies ces deux solitudes

*

Voilà il est entré lui le grand critique de théâtre

Merde merde merde

Une pièce sur le théâtre

Sur l'abîme qu'est le théâtre

*

Merde merde merde

Ce sont ces premiers mots au grand critique de théâtre d'art

C'est tout ce qu'il sait dire merde merde merde

Tout ce qu'il dira ensuite ce ne sera qu'un commentaire de ces trois mots

*

Merde merde merde

Le grand critique de théâtre

Merde merde merde

Le théâtre est mort

*

Le théâtre est sans vie

Il est incapable de représenter la vie

Le drame de la vie les drames de la vie

Qui est partout qui sont partout

*

Voilà l'amateur de théâtre n'aime plus le théâtre

Parce que le théâtre ce n'est plus la vie le drame

Ce qu'il aime

Merde merde merde

*

C'est ainsi qu'il parle à sa femme qui lui a préparé son repas et aussi

Un gâteau

Avec n'employons pas les grands mots avec soin avec méticulosité

N'employons pas les grands mots

*

Ne faisons pas un drame

De cette vie sans écho

Merde merde merde

P'pa p'pa c'est tout ce qu'elle peut répondre

*

P'pa p'pa c'est tout ce qu'elle est en mesure de répondre à ce

Merde merde merde à elle adressé

A son fils adressé

Ce merde merde merde

*

L'amateur le grand critique de théâtre

Dans sa forteresse cadenassée qui ne voit plus la vie le drame dans le théâtre

Puisqu'il ne la voit plus cette vie dans la vie sa vie

Ce drame qui se joue

*

Se joue

Se joue

Le théâtre ce n'est pas la vie

Le théâtre c' est la mort

*

Donc oui se joue

Ce drame sous ses yeux nos yeux

Qui se joue

Ce drame qui ne se joue pas ne se joue pas

*

Qui se passe

Sous nos yeux acteurs spectateurs de ce drame

Qui va avoir lieu

Que nous n'allons pas pouvoir empêcher

*

Que l'amateur le grand critique de théâtre ne va pas empêcher

Puisqu'il ne le voit pas avec ses yeux aveugles

Dans sa forteresse cadenassée

Vide

*

Où s'il a une âme

Elle erre

Comme les fantômes dans Macbeth

Comme les âmes dans le royaume des enfers parcouru par Ulysse

*

Non il ne voit pas le drame sous ses yeux

Alors qu'il prétend le voir partout dans la vie

La vie

Dans les journaux la télévision

*

La télévision les journaux

C'est ça la vie

La télévision les journaux les médias

C'est ça la vie

*

Pas le théâtre

Pas le théâtre

Où ni les auteurs ni les metteurs en scène ni les acteurs sont capables de faire entrer la vraie vie

La vie dans les médias dans les journaux à la télévision

*

Alors qu'il est aveugle

Qu'il ne voit pas la solitude le désespoir de son fils en marche à grandes enjambées vers le nowhere

Qu' il ne voit pas la solitude le désespoir de sa femme qui boit qui se saoule qui s'effondre

Sous la table de la cuisine

*

Poupée de son la bouche barbouillée de rouge à lèvre en un sourire de clown

Sa femme devenue ce clown blanc au sourire rouge triste

Dont la perruque de cheveux rouges

A glissé et révèle le haut de son front

*

P'pa p'pa

C'est tout ce qu'elle arrive à répondre à ces

Merde merde merde

Cette jeune femme qui tout à l'heure parmi nous attendait avec intensité le début de la représentation

*

Cette jeune femme que son fils

Va violer et tuer

Avant de se tuer

En enfouissant sa tête dans un sac en plastique

*

En route à grandes enjambées vers le nowhere

Sous les yeux aveugles de son père

Forteresse vide cadenassée

Merde merde merde

*

Le théâtre ce n'est pas la vie

Le théâtre c'est la poésie de l'espace

C'est la vie recomposée avec soin avec méticulosité n'employons pas les grands mots

Distillée comme une poésie peut l'être

*

Merde merde merde

Pour n'en garder

Que le cœur qui palpite qui saigne

Pour n'en garder que la vie

*

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Théâtre, #Poésie

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